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Drapeau nazi

LA SECONDE OCCUPATION ALLEMANDE
1942-1944

La France durant la seconde guerre mondiale

D'un point de vue méthodolo gique, l'étude de l'histoire de Mirecourt et de Ravenel de 1941 à 1944 est basée sur une analyse sociologique dans la- quelle il fallut tenter d'isoler les faits historiques les plus importants et les types de relations sociales qu'ils engendrèrent. Durant cette période, on assista à l'installation de l'administration des armées d'occupation, leur apogée, et leur déclin, avant la libération de la ville par les alliés en septembre 1944.

Début 1941 marquait donc la fin du camp de Ravenel. Les soldats du Landesschützen-Bataillon 865, avaient quitté les lieux. Et tout aussi simplement qu'ils furent réquisitionnés en juin 1940 par les Allemands, le conseil général des Vosges et le département retrouvaient la pleine possession de son patrimoine en février 1941. Suivirent donc de nouvelles décisions qui devaient permettre la poursuite des travaux prévus dans le projet primitif, resté inachevé, ainsi que des travaux de réparation suite aux dommages causés par l'occupant. Toujours sans malades, Ravenel restait vide. Mais cela ne de- vait pas durer. Une ordonnance allemande datée du 22 mai 1942, allait bientôt stopper la continuation des travaux, à l'exception de ceux de conservation. L'administration militaire envisageait d'y installer un hôpital et un petit aérodrome.
Il faudra toutefois attendre octobre 1943 pour que des soldats allemands reviennent occuper Ravenel une seconde fois. Pourquoi avoir attendu tout ce temps ? Il faut bien avouer que la question demeure en suspens. Ainsi, de juillet 1942 à décembre 1943, Ravenel était en sommeil.

Par contre, les Allemands étaient bien présents à Mirecourt. Ils étaient un peu partout en ville, jusque chez l'habitant. Les officiers de la Wehrmacht avaient réquisitionné les grosses villas pour s'y in- staller. Les bâtiments scolaires, de nombreuses chambres dans les maisons des Mirecurtiens l'avaient été pour y loger les sous-officiers et les soldats. Les rues étaient donc encombrées de véhicules mili- taires, de side-cars, et la couleur dominante était le vert-de-gris des uniformes allemands. La population regardait sans broncher l'envahisseur. Malgré le couvre-feu et les nouvelles interdictions imposées par ce dernier, la population essayait de vivre normalement.

Les réquisitions des chambres furent l'objet d'une comptabilité contraignante pour les mairies et la préfecture. Chaque prestataire devait déclarer le nombre de chambres et de lits qu'il pouvait mettre à la disposition de l'occupant. Le nombre de ces logements allait varier tout au long de l'occupation, suivant les arrivées et les départs plus ou moins importants des soldats. Le montant de la « location » variait suivant le grade du « locataire » : officier, sous-officier ou soldat, ou encore les chevaux. Le maire adressait un rapport mensuel à la préfecture qui imputait les sommes dues au crédit de la muni- cipalité. Et la précision était de mise.

Billet de logement allemand

La Kommandantur, au no 5 de la rue Sainte-Cécile, grouillait de militaires. Chaque jour, les Allemands défilaient dans la rue principale. Sur la place Jeanne d'Arc, il n'était pas rare d'y entendre des concerts donnés par des orchestres allemands qui circulaient de ville en ville pour marteler leur prédominance culturelle. Ne restaient à Mirecourt que des soldats allemands de la territoriale, les moins jeunes. Ils étaient employés comme sentinelles ou à réparer des locomotives dans un atelier de la gare de triage de Mirecourt. Ils consommaient pain, viandes, boissons, etc. et payaient en marks d'occupation. La popu- lation les trouvait sympathiques. L'opération « Bar- barossa » prévue pour le 22 juin 1941 était en préparation. Le front de l'ouest étant stabilisé, de nombreux soldats allemands quittaient le territoire français pour rejoindre, en Allemagne, les unités d'invasion de l'URSS. Cet évènement fit diminuer le nombre de billets de logement.
En ce qui concerne le domaine de Ravenel, il fut vidé de ses occupants le 17 février 1941. Après une aussi longue période d'inactivité, la reprise des travaux ne se fit pas sans difficultés. La réception des matériels était délicate ; les entreprises connaissaient un important manque de personnel, quand elles n'a- vaient pas cessé l'exploitation. Dans les semaines et

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mois qui allaient suivre, l'ordre revint et les entreprises qui le pouvaient étaient venues effectuer leur mission. En tout cas, le conseil général était bien décidé, tout comme avant la déclaration de guerre, à mener à terme la réalisation de l'hôpital, et cela malgré les problèmes de tout genre. L'administration tentait de contrôler le « navire en pleine tempête ». Il allait préserver les acquis, demander aux entreprises adjudicataires de respec- ter leurs cahiers des charges en menant à bien les travaux, sinon en les poursuivant. Ce fut le cas des établissements Émile Degrémont, du Cateau (Nord), en charge depuis le 29 novembre 1941 des travaux d'alimentation en eau potable, lot « Filtration et stérilisation ». Le château d'eau ne fonctionnera quant à lui qu'en 1946. Le 17 janvier 1942, on parlait d'une future installation téléphonique à Ravenel. On discutait aussi à propos de l'acquisition de matériel de cuisine, de mobilier métallique, et de mobilier de buanderie. Pourtant le 29 octobre 1942, en présence du directeur de l'hôpital M. Godeau, la sous-commis- sion de Ravenel se réunissait, et ces mêmes projets étaient de nouveau étudiés. Un procès-verbal avalisa les choix proposés par l'architecte Jacquet et par son homologue Mougenot chargé de l'aménagement du mobilier. Sauf qu'il était fait état de la situation créée par l'ordonnance allemande qui avait suspendu l'activité des chantiers.
La sous-commission émit l'avis qu'il y avait lieu d'établir avec les entreprises intéressées, une sorte d'inventaire ou un état relatif aux travaux, ou encore aux approvisionnements non périssables dont il était nécessaire d'assurer la propriété au département.

Enfin, M. Deschaseaux, membre de cette sous- commission, suggérait qu'il y avait lieu d'envisager la résiliation de la convention passée avec le dépar- tement de la Seine en 1936. Cette suggestion, dernier point de l'ordre du jour était acceptée à l'unanimité.

Dans ce contexte, et malgré les volontés acharnées des commissions pour terminer les travaux, il était tout de même déjà très difficile de les continuer. Les années 1941 et 1942 s'achevèrent sans qu'aient pu être réalisées de réelles avancées, sauf au profit de l'armée allemande qui, le 11 novembre 1942, avait envahi la zone libre jusqu'à Toulon. La zone libre devenait la zone sud, et la zone occupée, la zone nord. Toute la France vivait à l'heure allemande.

La seconde occupation allemande

La seconde occupation allemande allait durer du 23 novembre 1943 au 14 septembre 1944. L'Organisa- tion Todt intervint pour aménager le site afin d'y installer un hôpital militaire. Elle n'occupa que les pavillons des médecins, situés à l'entrée. Les troupes qui y travaillaient, logeaient en ville, au collège de jeunes filles. De nombreux ouvrages de modification furent exécutés dans les différents bâtiments, et en particulier : installation de salles d'opération et annexes, fermeture des groupes sanitaires par des cloisons, travaux de plomberie non conformes aux projets initiaux, pose de portes provisoires, en carton, peinture émulsionnée et synthétique dans les pavillons neufs. Réfection de l'installation électri- que ; une installation électrique provisoire, faite de fils de cuivre, avait été posée dans la plupart des bâtiments lors de la première occupation allemande. Ravenel accueillait de nouveaux soldats allemands, puis des soldats russes, qui, sous l'uniforme de la Wehrmacht auront à garder, sans grande conviction, les pavillons de l'hôpital, d'avril à septembre 1944. Durant cette période, à Ravenel, l'autorité militaire avait commandé la mise en place d'une production agricole expérimentale auprès du conseil général, en juillet 1942. Des plants de légumes étaient identifiés à l'aide de pancartes sur lesquelles étaient inscrit leur nom et le type d'engrais utilisé. L'objectif était de comparer les rendements.
Après le débarquement de Normandie le 6 juin 1944, et la libération de Paris le 24 août, les colonnes de la 2e DB et de l'armée américaine poursuivaient vers l'est, les maquis participant. Les forteresses américaines passaient de plus en plus souvent. Les derniers travaux entrepris pour le compte de l'Organisation Todt l'avaient été par la société Cracco de Mirecourt. Ils consistaient en la réfection des chaussées de l'hôpital. Le marché datait du 3 mars 1944 et la réception se fit le 20 octobre, en présence des Américains.

La libération de Mirecourt

En septembre 1944, la retraite allemande se poursuivait, pressée par les poches de résistance toujours plus présentes. Épuisés, ayant perdu l'envie de combattre, des unités avaient fait le choix de se rendre. Était venue le temps des prisonniers allemands. Mirecourt attendait et entendait sa libération.

Un enfant embrasse un soldat américain

Le 14 septembre, le 1er bataillon du 313rd Infantry

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Regiment (313rd IR) entrait dans la ville. L'armée américaine libérait Mirecourt, où s'étaient retran- chées des unités allemandes en déroute. Depuis plusieurs jours, les combats s'étaient intensifiés. Après une première entrée, les Américains en avaient rapidement chassé les derniers combattants. Certains, qui étaient à Mirecourt depuis longtemps, avaient rendu leurs armes, aidés par la population. D'autres n'avaient pas eu cette chance. Tel ce soldat sans arme qui, fuyant à vélo, fut froidement abattu par un habitant devant une boulangerie. Il fallut cacher le cadavre.
À deux pas de Ravenel, au village de Ramecourt, celui qui avait vu arriver les premiers prisonniers français du Frontstalag 120, allait s'engager, dans la nuit du 14 au 15 septembre, une étrange bataille entre le 2e bataillon du 313rd IR et une colonne allemande en déroute. Les termes de la bataille sont connus, entre autres, par le témoignage du sergent Cole : « Ce soir-là, le 2e Bataillon du 313e bivoua- quait dans le village de Ramecourt, le long de la route à l'ouest de Mirecourt, dans le but d'intercepter les rescapés de la 16e division d'infanterie allemande qui s'enfuyaient devant le 315e après avoir livré un combat d'arrière-garde à Châtenois. À minuit, les premiers éléments d'une colonne d'Allemands qui se repliaient, sont entrés inopinément dans Ramecourt et, sans préambule, se mirent à bivouaquer dans les rues et les maisons où étaient couchés les fantassins américains. Quand, soudain, les uns et les autres se rendirent compte de la présence d'ennemis, ce fut une violente bagarre. On a fait environ 200 prisonniers dans le village même, et les derniers éléments de la colonne allemande qui se trouvaient encore sur la route furent décimés par les tirs rapides et précis de l'artillerie du régiment américain. Au lever du jour, plus de 500 Allemands avaient été tués ou capturés. »
Les soldats de la 1re armée française entrèrent sur le domaine de Ravenel, à la recherche de soldats allemands cachés. Le site, qui avait été choisi en 1937 pour qu'y soit proposé aux aliénés du département un lieu de soins et de séjour calme et tranquille, venait de vivre un début mouvementé. Fort heureusement, les trois premières occupations n'avaient fait subir de gros dégâts, ni aux bâtiments, ni aux structures. Les nombreuses croix « peintes » sur les toits, avaient-elles permis d'éviter les bombardements qui auraient pu être fatals à leur utilisation ?

Fin septembre, Mirecourt et ses environs étaient libérés, mais le front était encore aux portes des Vosges. La dure résistance allemande devait toute- fois perdurer lors de la bataille des Ardennes, à partir du 16 décembre 1944, faisant craindre le pire aux Alliés.

L'arrivée fin septembre du 21th General Hospital of Washington du colonel Lee D. Cady allait donner à Ravenel une autre configuration, qui allait connaître de nouveaux travaux afin d'accueillir plus de 4.000 lits. Ce sera l'ultime occupation imprévue du lieu, avant que le projet ne soit définitivement reprit par le conseil général des Vosges le 6 mars 1946.