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Drapeau américain

THE 21st GENERAL HOSPITAL
1944-1946

Le service administratif du 21st GH

Il a été un des plus grands hôpitaux de troupes et l'unité médicale (UM) la plus décorée de la Seconde Guerre mondiale. De tous les occupants de l'hôpital Ravenel, cette ultime structure renouait avec les finalités intrinsèques du projet : servir comme lieu de soins. Afin de se rendre compte des différentes implications qu'eut cette structure dans l'aide apportée aux armées alliées durant la totalité du conflit, un ouvrage spécifique, réalisé par l'association "Le Frontstalag 120 de Mirecourt" lui sera pro- chainement consacré.

Le 21e hôpital général (21e GH) de l'université de Washington à Saint Louis (Missouri) fut, entre 1943 et 1945, une UM militaire qui apporta une contribution impressionnante à l'effort de guerre des Alliés, en Afrique du Nord puis en Europe. Les lieux où il s'installa étaient chaque fois des plus improbables : un spa ou un oasis en Algérie, un parc international d'expositions en Italie, puis l'hôpital psychiatrique français Ravenel, à Mirecourt dans les Vosges.

La Libération

Passées les premières semaines qui suivirent le dé- barquement de Normandie, les forces alliées avan- çaient vers l'est, direction l'Allemagne.
De nombreux combats faisaient rage sur le chemin de la libération. La bataille des Vosges s'inscrit dans la Campagne de Lorraine qui se déroula de début septembre 1944 à la fin de l'année. Durant la première phase (jusqu'au 18 décembre), les victoires alliées seront acquises avec la libération des communes de Nancy, Lunéville, Épinal, Saint-Dié, Thionville, Sarrebourg et Metz. La seconde phase verra la libération des territoires mosellans.
Les villages vosgiens se voyaient libérés les uns après les autres ; certains après d'âpres combats comme à Dompaire, Charmes ou Châtel, proches de Mirecourt,

Ravenel vu d'avion, 1945

où les pertes civiles et les dégâts matériels furent nombreux. Mirecourt est libérée le 14 septembre 1944 par le 313rd RI (79th Infantry Division de l'armée américaine et des éléments de la 1re Armée française.

Le quatrième occupant

C'est dans ce climat de victoires lourdes en pertes humaines et devant un engagement de forces militaires très motivées de part et d'autre (plus de 250.000 soldats alliés face à 150.000 Allemands, élites du front de l'Est), que la nécessité d'installer rapidement un hôpital militaire en arrière des combats s'impose aux Américains. C'est le lieutenant- colonel Lee D. Cady, venu en reconnaissance dans les Vosges à la fin du mois de septembre avec son staff, qui prendra la décision de mettre ce plan à exécution. Il rejoignit Mirecourt et Ravenel le 21 octobre 1944, inoccupé depuis le départ des soldats de la Wehrmacht mi-septembre. Afin de pouvoir y accueillir les milliers de blessés en provenance des fronts de l'est de la France et d'Allemagne, leurs ingénieurs feront subir aux structures les transfor- mations nécessaires.

L'installation à Mirecourt

Après l'Italie, Le lieutenant-colonel Cady avait reçu l'autorisation de créer un hôpital de 4.000 lits en France. Cady, Commandant du 21st GH et deux autres officiers, Sim F. Beam et John F. Patton, rejoignirent la 7th Army en Lorraine dont ils espéraient le soutien pour obtenir le feu vert de leur départ et faciliter leur installation.

Un train-hôpital destiné au personnel et trois autres aux diverses marchandises ont été nécessaires pour emmener l'hôpital de campagne jusqu'à destination. À Mirecourt, plusieurs convois de camions étaient nécessaires pour acheminer le matériel vers le domaine de Ravenel.

Gilbert Perry a noté l'arrivée des Américains sur le domaine de Ravenel telle qu'il la vue : « Fin octobre [1944], arrive le train sanitaire militaire qui était en attente près de Dijon. C'est le 21st General Hospital qui débarque en gare de Mirecourt avec tout son personnel, matériel déchargé. Il y a des gardes polo- nais, des prisonniers italiens qui chargent et condui- sent les véhicules. Il est mis en place sous le château d'eau un gros camion qui fait un forage pour trouver de l'eau. Il trouve la nappe d'eau de Vittel. De gros camions font le va-et-vient et apportent le charbon [à la centrale]. Le colonel Cady rencontre le directeur français, Monsieur Godeau, qui avait été placé par Vichy. Il lui est demandé de faire appel à la population pour avoir un personnel civil pour aider les Américains. […]
Tous les jours de nombreux blessés qui viennent des champs de bataille arrivent. Il y a aussi des Français, des Belges, des Indiens Américains.
Nous avons sur le bord de la ferme une baraque en planche couverte de papier goudronné. Je vois que des

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soldats américains décédés y sont déposés. C'est leur morgue. »

Le 21st GH se trouvait à proximité d'une zone de combat. Le 21 octobre 1944, moins d'un mois après avoir quitté Naples, il était à nouveau en mesure d'accueillir des patients. Les bâtiments de l'hôpital psychiatrique étaient dans les dernières étapes de leur construction lorsque la guerre avait éclaté en 1939. Intacts à leur arrivée, les ingénieurs améri- cains devaient pourtant effectuer les travaux nécessaires à ses nouveaux besoins. L'installation était admirablement adaptée à son bon fonction- nement. Les médecins se vantaient d'avoir un chauffage central et des salles spacieuses qui permettaient à plus de trois mille blessés d'être soignés quotidiennement.

Le lieutenant-colonel Lee D. Cady le reconnaîtra en 1945 en ces termes élogieux : « Ravenel a suscité l'admiration enthousiaste de nombreux visiteurs d'un haut rang militaire pour sa beauté architecturale et sa construction. »

Organisation et fonctionnement de l'hôpital

Les travaux effectués lors des occupations précédentes, mais aussi ceux engagés par le conseil général ont permis à l'établissement de ne jamais connaître la moindre discontinuité dans sa cons- truction. Des structures optimales et viables répondant aux besoins hospitaliers du moment ont ainsi pu être conservées.
De nombreuses tentes militaires avaient été installées entre les bâtiments comme « passerelles » afin qu'ils puissent être accessibles entre eux.
De même, bon nombre de bâtiments préfabriqués ont dû être implantés dans les cours des bâtiments et sur les terrains de culture afin d'y loger la totalité du personnel.

Le quartier général de Lee D. Cady, là où travaillait son administration, occupait l'imposant bâtiment sis à l'entrée du domaine, aisément identifiable par la flèche à la couverture métallique qui surgit au milieu de sa toiture. Plusieurs structures légères avaient été ajoutées à ses alentours pour qu'y soit entreposé du matériel.
Le mess des officiers se trouvait dans l'église. De simples panneaux interchangeables permettaient d'utiliser l'espace soit comme un lieu de culte soit comme un restaurant. Ici même ont été célébrés de nombreux mariages que le lieutenant-colonel n'ou- bliait pas de présider. Et face à l'église, une salle de cinéma avait été aménagée sous une grande tente.
La lingerie était située là où elle avait été durant la période française ; à l'autre bout du domaine tout près de la morgue et du lieu de crémation.
Les différents bâtiments initialement prévus dans le projet du centre psychiatrique, pour les patients hommes ou femmes, se sont vu attribuer une nou- velle numérotation ainsi qu'une signalétique spécifi- que désignant la nature du service : neurochirurgie, orthopédie, laboratoire, banque du sang, soins den- taires, chirurgie reconstructrice, chirurgie cranio- faciale, chirurgie des grands brûlés. Chacun possède ses propres salles d'opération et de soins.

Le lieutenant-colonel Lee D. Cady

Des équipes de soignants, médecins, infirmières, hommes de bloc, organisées par spécialités, se sont employés durant les longs mois de guerre à soigner de nombreux blessés de toutes origines, qui arri- vaient à Mirecourt, acheminés par wagons sanitaires. Arrivés en gare de Mirecourt, sur ce qui allait être appelé « le quai américain », ils étaient transbordés par ambulances militaires. Des prisonniers italiens et allemands, sous la garde de quelques sentinelles GI's, exécutaient les ordres, déchargeant les brancards et les conduisant jusqu'à l'hôpital. Située à plus d'un kilomètre de l'entrée de l'hôpital, la gare de Mirecourt a toujours été stratégique ; quand elle permit l'accès aux trains sanitaires, lorsqu'il fallut transporter le matériel de l'armée française et pour transférer les prisonniers français dans les Stalags du Reich.

Les services de la Croix-Rouge américaine, la « Red Cross » qui avaient suivi le 21st GH dans ses pérégri- nations occupaient de confortables baraquements re- marquables par avion, car disposés en forme de croix. Un grand jardin potager adjacent était entre- tenu (il faudra patienter jusqu'en 1948 pour qu'un plan d'aménagement extérieur soit établi et que les premiers arbres soient plantés). Aussi, des groupes de tentes avaient été installés à proximité des bâtiments no 1, 2, 3 et 4.
Les relations avec la population de Mirecourt étaient parfois tendues. « Ils se comportaient comme des vainqueurs » disait-elle. Toutefois, Il était fréquent, à des fins de soutien moral, que les Mirecurtiennes rendent visite aux troupes. Dans le cadre d'un projet de solidarité avec les blessés, elles leur apportaient des pâtisseries et les dessins réalisés par les enfants des écoles. Il arrivait d'ailleurs que ces mêmes en-

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L'entrée du 21st GH en 1945

fants fassent le déplacent à Ravenel. Pour les plus valides, des bals étaient organisés et les jeunes villageoises y étaient invitées. Du personnel non soi- gnant français a également été embauché sur le site.
Un nombre croissant de blessés était envoyé à l'hôpital, et il était parfois nécessaire de traiter les prisonniers de guerre à côté des soldats alliés. Cette situation préoccupait le personnel qui craignait d'avoir à faire face à d'éventuelles flambées de violence dans l'hôpital. Cette situation devait s'atté- nuer au début de décembre lorsqu'une partie du personnel d'un hôpital allemand capturé à Strasbourg fut envoyé à Ravenel. En effet, ces médecins et infirmières ont été mis au travail pour s'occuper de leurs compatriotes blessés.
En janvier 1945, la capacité du 21st GH est étendue à 4.040 lits, et le 7 courant, l'hôpital traitait son 50.000e blessé, le sergent Ray E. Winner. Les installations de Ravenel étaient alors utilisées à leur plein potentiel. Les malades et blessés étaient soignés jusque dans les sous-sols et greniers des bâtiments. Les patients ambulatoires ont été mis à contribution dans les services et à l'administration de l'hôpital.
La capacité de l'hôpital fut très largement augmentée. Cela impliqua une transformation des installations.
Des blocs opératoires, des salles de soins, et les chambres communes étaient répartis par service. Un service du sang était intégré, et des laboratoires fonctionnaient en continu. Un service psychologique avait été mis en place depuis 1943. La prise en compte des traumatismes relatifs aux chocs des combats et à leurs vécus fut étudiée tant ce problème était récurrent chez les jeunes soldats. La chirurgie et les traitements issus de toutes ces blessures permirent dans les circonstances obligées du conflit, d'innover et force est de constater que de nouveaux progrès en découlèrent.
Si l'orthopédie occupait de grandes salles, la chirurgie faciale et l'odontologie étaient aussi présentes, car, à l'instar des blessés de 14-18, ces blessures étaient terriblement fréquentes.
C'est en février que le personnel, épuisé, ressentit les premiers soulagements. Avec des lignes de front repoussées au-delà du Rhin et l'effondrement des assauts allemands, le nombre quotidien de blessés s'amoindrissait. On en comptait maintenant moins de 2.000 par mois.
Il y avait suffisamment de musiciens de talent dans les rangs des prisonniers de guerre allemands pour former un orchestre symphonique de 55 musiciens. Il animait des cérémonies spéciales à l'hôpital alors que de plus petits ensembles jouaient dans les salles des malades et les salles à manger.
Le 12 avril une cérémonie officielle en présence du lieutenant-colonel Lee D. Cady, du maire de Mire- court, Onésime Narcy, se déroula à l'entrée de l'hôpital en l'honneur du président Roosevelt décédé avant la fin du conflit. De nombreuses jeunes filles scouts françaises participeront à la cérémonie.
Le 8 mai, la tant attendue victoire des Alliés marquait le début d'une nouvelle ère. Elle apportait de nouveaux défis au commandement de l'hôpital. Le nombre de patients chutait, mais les plus grièvement blessés restaient pour poursuivre leurs traitements. Les médecins et infirmiers nécessaires à d'autres missions étaient rapidement transférés hors de l'hôpital, créant alors une pénurie de personnel. Dans l'attente de pouvoir rentrer chez eux, le personnel soignant put profiter de la paix soudaine en s'octroyant un peu de bon temps. Certains se sont ainsi autorisés une visite de la capitale française, d'autres l'Angleterre pour quelques jours ou un séjour au ski à Grenoble. Malgré les changements quoti- diens dans le planning des services, le colonel Cady et ses cadres encore présents s'organisaient pour maintenir les services hospitaliers.
Le 20 septembre, l'Armée américaine décernait la plaque du mérite au Service de l'UM du 21st GH. Voici un extrait de la citation : « La compétence pro- fessionnelle et l'inlassable dévotion au devoir démontré par le personnel du 21e Hôpital Général étaient en accord avec les plus hautes traditions des Forces Armées des États-Unis. »
Cette récompense est arrivée trop tard pour pouvoir être distribuée personnellement, car la majorité du personnel hospitalier avait à cette date été relevée de ses fonctions médicales et se préparait au voyage du retour.

L'UM et la Croix-Rouge parties, le futur MASH 8050 (Military army surgical hospital) débarqué en octobre 1944 sur le territoire français avec du personnel en forme restera à Ravenel jusqu'en mars 1946 pour y soigner les derniers blessés encore intransportables et rendra symboliquement les clés de l'hôpital psy- chiatrique.

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Prisonniers allemands à Ravenel, 1945

Les prisonniers allemands à Ravenel

Depuis plus d'un an, de nombreux prisonniers alle- mands travaillaient déjà pour l'hôpital Ravenel. Cady parle de 1.100 personnes. À chacun ses prisonniers. Les soldats allemands préféraient être arrêtés par les Américains que par les soldats français.
765.000 n'ont pas été capturés par nos armées, mais cédés, principalement par les Américains, entre février 1945 et mai 1946. À partir d'avril 1947, la plupart furent rapatriés, les autres (137.987 prisonniers de guerre) optant pour un statut de travailleur civil libre. Ces prisonniers seront princi- palement employés dans l'industrie, l'agriculture ou pour des missions dangereuses. Sur les 24.178 prisonniers de guerre officiellement décédés, 5.745 furent victimes des conditions de vie dans les dépôts français. Les campagnes de déminage feront 500 morts français et 5.000 morts allemands.

À l'instar des prisonniers français qui travaillaient dans un des commandos, les soldats allemands recevaient une rétribution pour leur travail. Les charges inhérentes à l'entretien des locaux d'hébergement mis à la disposition par les mairies furent imputées aux employeurs, tandis que le ministère du Travail appelait les mairies à faire relever les ruines et embellir les cités en faisant travailler les prisonniers ennemis.

L'heure des comptes

En 1945, l'hôpital psychiatrique n'existe toujours pas. Cette ultime occupation lui conféra toutefois une fonction médicale dont l'usage a prouvé que l'architecture de l'ensemble des bâtiments était fonctionnelle. Les Alliés ont établi de façon indiscutable les nombreuses possibilités que l'on pouvait espérer de Ravenel. Les statistiques établissent qu'en trois ans, 70.000 patients ont été admis, 33.440 opérations chirurgicales, 69.375 traitements dentaires, 11.258 transfusions sanguines et 245.805 tests ont été effectués. Seul ce conflit meurtrier pouvait donner l'occasion de réaliser de tels exploits.
Le service de convalescence et de réadaptation a traité 21.175 patients. En trois ans, plus de 2.200 personnes ont servi au sein du 21st GH.
Il fonctionna tout d'abord avec 3 à 4.000 occupants dont 2.000 soignants alors que la population normale de la maison de santé était prévue pour 1.200 lits, pour 500 employés.
Ils furent amenés à modifier les installations, ce qui causa parfois d'importantes dégradations.