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Drapeau français

LA DRÔLE DE GUERRE
1939-1940

Soldats français posant près de leur camion

Dans la continuité de l'Anschluss et de la signature des accords de Munich qui ratifiaient le rattache- ment des Sudètes au Reich, Hitler faisait envahir la Pologne le 1er septembre 1939 sans déclaration de guerre formelle. La France et le Royaume-Uni, en tant qu'alliés, exigèrent le retrait immédiat des troupes allemandes du territoire polonais et lancèrent même un ultimatum qui fut rejeté. Le 3 septembre 1939, les deux puissances se trou- vaient en état de guerre avec l'Allemagne. Ainsi commençait la Seconde Guerre mondiale. C'était la troisième fois en 70 ans que la France était impliquée dans un conflit contre l'Allemagne. La mobilisation générale avait été décrétée et concernait les forces des trois armées présentes sur toute l'étendue du territoire, en Algérie, dans les colonies et autres contrées d'allégeance française.

À Mirecourt…

En 1939, Mirecourt est une ville de près de 5.400 habitants. Depuis plus d'un siècle, les élus autant que la population réclamaient une caserne qui aurait eu des répercussions substantielles sur l'économie de la ville. Mais elle ne sera malheureusement jamais d'actualité. À cette époque, toute la France subissait l'attente. Sur la Ligne Maginot, des soldats s'affai- raient à fortifier l'édifice sans grand enthousiasme. Des concentrations plus conséquentes de troupes s'y étaient formées, restant dans l'oisiveté de leurs cantonnements, ou participant aux travaux des fermes, remplaçant les ouvriers partis sur d'autres fronts. Mirecourt et Ravenel vivaient, comme partout ailleurs, à l'heure de « la drôle de guerre » depuis le 2 septembre 1939, mais ne pouvaient s'imaginer les conséquences qu'aurait le conflit sur la commune quelques mois plus tard et de l'usage qui serait fait de l'hôpital psychiatrique, ce projet porté par le conseil général et la préfecture des Vosges depuis 1936. La décision de construire cet établissement répondait à des exigences territoriales quant au traitement des malades mentaux des Vosges. Sortis de terre en 1938, il était d'abord prévu que les bâtiments soient utilisables dès l'année suivante. Cependant, suivant les volontés et espérances du département, qui gérait avec intérêt les travaux, l'inauguration avait été reportée au mois de janvier 1940.

Le domaine de Ravenel était éloigné de près de deux kilomètres du bourg, perdu dans la campagne. Trois châteaux y étaient érigés : le château Aubry, le château Vuillaume et le château Buffet, inoccupé. À proximité étaient trois fermes : celle « du Beau- froy », au sud, en direction de Bazoilles-et-Ménil, celle « du Haut de la Vigne », plus à l'ouest, et celle « du Beau-Joly », sur la route de Mirecourt, au nord, où vivait le régisseur de la toute récente ferme départementale. Elle faisait partie du projet en gestation, qui permettrait d'approvisionner les cui- sines de l'hôpital en légumes, viandes etc. Pour s'y rendre, deux routes de terre étaient utilisables ; l'une par le nord, via Ramecourt, et l'autre par le sud, via Mattaincourt et la ferme de Ravenel. Elles étaient bordées d'immenses arbres. Les prés, pâtures et champs se profilaient sur les douces pentes des collines. C'était bien ce type de décor verdoyant qui avait été volontairement choisi par les protagonistes du projet qui souhaitaient que les futurs malades soient soignés dans un environnement ouvert, dans lesquelles s'installeront les premiers occupants français en septembre 1939.

Le parc d'aviation

En effet, le 2 septembre, la maison de santé avait été réquisitionnée par l'armée française pour y loger une unité d'aviation. Le parc d'aviation 3/121, qui dépendait de la base aérienne 121 de Nancy-Essey, considérée comme l'une des plus importantes de France, servit comme parc de réparation de campagne pour matériel d'aviation. Les Curtiss H.75 accidentés sur le terrain de Xaffévillers où était le GC II/4 (groupe de chasse), pendant une très grande partie de l'hiver 1939-1940 et du printemps 1940, étaient systématiquement transportés au parc de Mirecourt avant d'être évacués vers un des centres de réparations. « 500 soldats aviateurs français […] prennent possession des bâtiments A et B et du château Buffet pour loger les soldats et des ateliers de réparation des avions endommagés. Il y a une aire de lavage pour véhicule, ils construisent un petit fortin dans la cour de la ferme et font un banc d'essai pour essayer des moteurs d'avion réparés. L'aile droite du château présente une ouverture où étaient déversés les tombereaux de betteraves, cet endroit est occupé par deux roulantes pour la cuisine des soldats. »

Les militaires français avaient seulement utilisé les anciens bâtiments issus du premier projet, sortis de terre en 1932, et qui n'avaient pas reçu l'approbation de l'administration générale de la santé. Il s'agissait des deux îlots de quatre immeubles mitoyens, se faisant face, situés près de la tour Buffet, vestige du château homonyme, dans l'espace sud du domaine. Le conseil général les destinait à des activités annexes dans le futur fonctionnement général de l'asile. La surface totale ne représentait pas plus de deux hectares. Ces bâtiments, aisément identifiables sur les nombreux documents photographiques de l'époque, avaient été ainsi organisés : la buanderie avait fonction de dépôt de matériel, la morgue avait

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été transformée en infirmerie et, à côté du château d'eau, dans la propriété Vuillaume, bâtisse bour- geoise de trois étages toujours debout aujourd'hui, était le mess des officiers.
Dans le but de protéger la région, les aviateurs avaient placé une mitrailleuse en haut du château d'eau, à 45 mètres, et deux autres nids sur le bord de la route allant vers Mirecourt et une autre mitrailleuse sur pivot dans le grand parc près de Mattaincourt. À la mi-juin, l'invasion allemande avait atteint les Vosges et l'on put constater une certaine animation chez les soldats qui chargeaient les camions de matériel, cachés sous les grands arbres. Un convoi s'était formé et se préparait à un départ précipité, en direction de Dijon. Afin que soient facilités les déplacements de troupes, la circulation dans le département des Vosges avait été réglementée. Un couvre-feu établi en juin interdisait tout déplacement civil de 21 h à 4 h du matin. Mirecourt aussi voyait sa population partir vers des zones plus sûres. Mais d'autres avaient fait le choix de rester sur place. Ils quittèrent leur cantonnement le 14 juin, date officielle de la libération du domaine de Ravenel. Le lendemain, le terrain d'Essey-lès-Nancy était abandonné et utilisé par les Allemands comme base de transit pour les avions de passage.

L'hôpital Ravenel

En ce début d'année 1939, l'autorisation de poursuivre les travaux était donnée par le ministre de la Santé publique en personne. L'hôpital coûte toujours plus ! Mais serait-ce seulement moral de vouloir faire machine arrière ? D'autant qu'il est ici question du plus moderne des projets européens. Il fallait quand même envisager un nouvel emprunt.

Les commissions n'avaient cessé de se succéder au conseil général. Et le cas de Ravenel en était omniprésent. Il était essentiel de se rapprocher du préfet de Meurthe-et-Moselle pour qu'il daigne proroger le contrat passé entre Ravenel et l'asile de Maréville pour le placement des aliénés indigents, et qui devait expirer le 31 décembre 1940. L'ouverture et le fonctionnement de l'hôpital, retardés par les événements conflictuels, ne semblaient guère pouvoir se conformer aux prévisions.
Une analyse de la situation était au calendrier du conseil général qui réfléchissait aux mesures à engager pour parvenir à l'achèvement des travaux. En l'état actuel des choses, seuls les bâtiments A et B étant occupés, les travaux pouvaient donc être poursuivis. Ceci est confirmé par une allocution du préfet Paul Dupuy lors de la 3e séance ordinaire du 15 novembre 1939, devant l'assemblée des élus du conseil général.
On se rendait à l'évidence que la guerre pouvait maintenant alourdir la facture. Le préfet avait entendu parler du cas de cet hôpital départemental que l'administration militaire s'était approprié. Il proposait donc de livrer l'hôpital Ravenel à l'armée qui s'acquitterait d'un loyer calculé sur la valeur actuelle de l'établissement, soit 60 millions de francs. L'accord avec le département de la Seine (auj. département de Paris), si la situation actuelle durait, serait même vu comme étant de bon augure. Le préfet ajoutait : « En ce moment-ci, dans le total de dépenses que représente une guerre, la terminaison de Ravenel est peu de chose, mais indispensable, d'autant plus qu'elle permettra de faire de cet établissement un établissement dans lequel les malheureux soldats ou civils seront soignés de façon remarquable. » Il précisera qu'il suffirait de 30 millions de francs pour boucler le chantier, avec une part qui serait payée par l'État et une autre par le département. On éviterait ainsi de mettre en recouvrement la fin des deuxième et troisième emprunts de Ravenel.

Le conseiller Deschaseaux rappelle qu'il a déjà eu l'occasion d'émettre à la commission de la santé publique ce vœu qui se rapproche du projet de M. le préfet « et qui tendait à demander à l'État de faire terminer les travaux entrepris actuellement par des collectivités dans les hospices, hôpitaux et asiles, afin de satisfaire aux besoins militaires et d'éviter, le plus possible les réquisitions civiles dont nous souf- frons dans certaines villes et surtout dans les villes d'eaux. […] Cela pourrait servir à loger des évacués. »

Soldat labourant un champ

Si l'hôpital n'était pas terminé, on éprouvait aussi de grandes difficultés à recruter un personnel adapté ; médecins et infirmiers sont partis à la guerre. L'armée étant en défensive, et dans l'attente d'un engagement sur le territoire français, on cherchait un plan de substitution temporaire. Une demande fortement appuyée était adressée au ministre de la Guerre afin qu'il envisage la possibilité de la prise en charge de l'établissement. L'année 1940, lourde de conséquences et d'évènements pour le centre psychia- trique, s'avançait vers la redoutable invasion de juin.