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Drapeau français

RAVENEL AUX ORIGINES
1667-1920

Le château Buffet

Ravenel, pour tout Vosgien, c’est l’hôpital psychiatrique situé près de Mirecourt. Pourtant, c’est aussi le nom d’un village de l’Oise, où des seigneurs y portèrent le titre de chevalier de Ravenel dès le XIIIe siècle. Il y eut ensuite des seigneurs de Ravenel en Brie, seigneurie de Sablonnières, aux XVIe et XVIIIe siècles. Certains ouvrages établissent des liens généalogiques entre notre Ravenel, qui s’appelait Mandres-lès-Mirecourt et ces maisons de l’Oise et de la Brie. L’étude de Ravenel près de Mirecourt porte sur un territoire situé dans une petite vallée creusée par un ruisseau venant des forêts situées à l’extrême ouest de la commune actuelle. Jusqu’en 1790, Ravenel avait constitué une paroisse distincte de Mirecourt.

Mandres : les origines et le vieux château

Le terme de Ravenel est tardif pour désigner cette partie du territoire mirecurtien. Il s'est d'abord appelé Mandres et constituait un ban distinct de Mirecourt. La première mention de Mandres date de 1180 : « Mathieu de Lorraine, comte de Toul, accorde que cet alleu soit donné à titre de don par Hugues de Mirecourt à l’abbaye de Chaumousey ».
Au XIVe siècle, Mandres est un petit village avec une église et un château, construit sans doute au début du siècle. Au XVe siècle, Mandres est cédé par mariage, après la mort de Renaud de Mirecourt en 1410, à Hugues Zorn de Boulac, issu d’une famille strasbourgeoise. Mandres devient un franc-alleu en 1440. Georges de Boulac est désigné, dans un document de décembre 1440, comme « seignor de Mandres aux dous tours en partie » et il ne possède que deux « meynies d’homes avec leurs appartenance et héritaige ».
Cédric Moulis, pour sa maîtrise, a recherché ce château aux deux, puis aux trois tours : sur le terrain, il reste encore quelques traces du château médiéval, essentiellement une tour d’angle. Son élévation est encore complète, son diamètre est de 6,20 m et elle possède une tour d’escalier en saillie. Elle est composée d’un parement de moellons calcaire assisés plus ou moins régulièrement. Les fenêtres qui présentent des moulures sont contem- poraines de l’édification de la tour. Les autres sont le fruit d’un réaménagement tardif de celle-ci en habitation.

Des canonnières dites à la française se répartissent sur trois niveaux et sont disposées en flanquement des courtines. L’ouverture ovoïde mesure 56 cm sur 30. Les vestiges d’une seconde tour, située plus au sud, sont visibles au sommet d’un talus. Elle semble identique à la première par son diamètre et on décèle également l’amorce d’une tourelle d’escalier. On identifie aussi une porte et ce qui semble être une fenêtre. L’épaisseur du mur est de 1,37 m au niveau de la porte.

Une carte postale du début du XXe siècle montre cette tour en meilleur état et le talus dégagé, côté sud-est. En suivant ce talus, on longe également, sur un peu moins de 40 mètres, les vestiges de l’enceinte du château. Il reste d’ailleurs 2,5 m de ce mur, qui atteint ainsi le niveau de la terrasse. Son épaisseur est de 53 cm. Une structure rectangulaire est encore visible sur une hauteur de deux assises contre ce mur, directement placé à l’ouest de la tour. Grâce à une prospection, il a été possible de confirmer l’existence d’un autre mur d’une quarantaine de mètres reliant les deux tours. De plus, les deux murs restants ont été plus ou moins localisés. Le cadastre du XIXe siècle prouve qu’il existait une troisième tour. Ainsi, le château de Mandres a un plan quadrangulaire, de 40 m de côté, avec au moins trois tours d’angles et divers bâtiments, qu’il est difficile d’identifier. On remarque enfin au sud-ouest du château un parcellaire et un chemin tortueux. Il se peut que ce soit l’emplacement de l’ancien village.

Mandres : des Chatellet aux prémontrés

En 1523, Jacques du Chatellet, seigneur du Chatellet et de Sorcy, reprend en fief l’alleu de Mandres, puis il le vend à Jean Gourdot, tout en gardant les basse, moyenne et haute justice. En 1531, devenu lieutenant de Mirecourt, il fait don de Mandres à Anthoine de Ville, bailli des Vosges, époux de Yolande de Bassompierre. Le domaine suit alors les destinées de la maison de Ville en passant aux Livron. Cédric Moulis a retrouvé dans les comptes de Philippe de Morhange pour Barbe du Chatellet, veuve de Claude Antoine de Bassompierre, et douairière de Mandres et Bassompierre, des descriptions de Mandres : « On apprend à la lumière de ces registres qu’en 1563, le château, l’église paroissiale et le “beau gros village“ sont en ruine à cause des guerres [de religion]. […] Des travaux sont effectués “au vieux château du dessus de la maison“ en 1572, des verrières et des losanges sont refaits sur la maison en 1569. […] Le terme de “maison“ se retrouve dans les années suivantes et on peut en conclure qu’une résidence de style Renaissance a été bâtie […] à proximité de l’église. Pour 1572, on possède également les gages des serviteurs : un vigneron, un grand valet, un petit valet, un portier, un “cham- brellier, un chartier“. En 1569, les comptes indi- quent trente-quatre pièces de terre en ascensement, des prés et des bois ; le domaine permet la pro- duction de vin, d'orge, de blé, d'avoine, de gelines et de chapons. » Barbe est la mère de Gabrielle de Bas-

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sompierre qui épouse en 1575 Errard de Livron. Ainsi le domaine de Mandres intègre-t-il la maison des Livron. Charles Henri, fils d’Errard, est mentionné en 1623 comme seigneur de Mandres. C’est un fidèle serviteur du duc Charles IV et Mandres devient alors un lieu plaisant pour le duc de Lorraine et sa cour qui aiment y venir en villégiature. Le village de Mandres-lès-Mirecourt forme une paroisse de quelques maisons (deux ou trois), amodiation, lorsque le curé Nicolas Colinel est recensé en 1619 avec le clergé de Mirecourt ; le curé Pierre Fourrier le choisit pour être le chapelain (aumônier) des religieuses de la Congrégation Notre-Dame. De 1633 à 1650, Mandres subit les effets de la guerre de Trente Ans, avec la famine et la peste, et la probable destruction du village de Mandres. Charles Henri de Livron devient marquis de Ville en 1637 ; il suit le duc dans ses pérégrinations et à sa mort, en 1645, ses dettes sont considérables.
Sa fille et seule héritière, Anne de Livron, marquise de Ville et dame de Haraucourt, hérite de ses biens et, le 29 août 1675, donne à bail et amodiation le château, terre et seigneurie de Mandres, à Demenge et Didier Goguette et Nicolas Dilet. Le bail est renouvelé en 1679 et en 1683 par les prémontrés. Le 28 mars 1679, la dame de Haraucourt vend aux prémontrés de Parey-sous-Montfort la terre de Mandres-lès-Mirecourt, pour la somme de 55.000 francs. L’acte lui-même fait défaut, mais il est signalé dans une promesse du même jour, faite par les abbés de Sainte-Marie de Pont-à-Mousson et de Rangéval, concernant le paiement du solde du prix d’achat. Le château est composé de trois corps de logis, « dans une très belle situation, fermé tout à l’entour de hautes murailles, lieu où l’eauë ne manque jamais, avec haute, moyenne et basse justice… qui seroit un vray lieu de demeure pour des relligieux ; et que d’ailleurs le lieu de Paret est extrêmement incommode pour les relligieux obligés à une abstimence perpétuelle estant esloigné des rivieres et de soy un lieu stérile ingrat et infructeux, où mesme l’eauë manque… »
Les prémontrés demandent, le 25 avril 1681, à leur supérieur l’autorisation de s’établir dans ledit château. Les abbés de Sainte-Marie et Bonfays sont délégués pour s’informer sur place, à Parey et à Mandres (26 avril) ; le 16 juin 1681, des commissai- res sont nommés en vue de la translation et une enquête est menée à Parey avec le concours des habitants, par les abbés de Sainte-Marie et de Bonfays. Mais le supérieur refuse le transfert et les religieux de Parey adressent, le 7 mai 1683, une requête à l’abbé des Prémontrés et au chapitre séant en l’abbaye de Notre-Dame d’Ardenne pour obtenir l'autorisation de revendre la terre de Mandres.
Le 16 août 1684, les prémontrés revendent la terre de Mandres (château, maison, basse-cour, etc.) à Jean Baptiste, comte de Ravenel, et à Jeanne de Germiny, sa femme, pour 42.000 francs de Lorraine. Le 2 novembre 1684, les prémontrés de Parey argumen- tent pour justifier la vente : « la terre est devenue si peu profitable, qu’elle ne rapporte pas le tiers de la rente des sommes employées à son achat, la terre est hypothéquée pour une somme de 22.000 francs que les prédécesseurs ont empruntée des enfants de feu M. Roussel, prévôt de Gondreville ».

La vente est soumise au supérieur de l’ordre, Edmond Maclot, abbé de l’Étanche, vicaire général de la congrégation, qui ordonne une enquête le 2 novembre 1684. Le 28 août 1685, Maclot et Ignace Majottel, prieur de saint Paul de Verdun, autorisent la vente ; mais le comte de Ravenel demande que cette vente soit confirmée par le pape, ce qui entraîne de multiples rebondissements judiciaires dont un jugement à Épinal le 3 mars 1687, qui donnait trois mois pour la ratification par Rome, puis un arrêt du parlement de Metz. Les procès continuent jusqu’en 1750 !

De Mandres au comté de Ravenel

Jean Baptiste de Ravenel signe l’acte d’achat le 16 août 1684 et prend possession immédiatement du bien, malgré les péripéties judiciaires. Rapidement il agrandit son bien, à l’ouest et au sud, avec les seigneuries de Boulac à Bazoilles, de Savigny à Estrennes et la majeure partie des terres du Val d’Haro sur lesquelles se trouvent les villages de Remicourt et Thiraucourt. Par l’achat en juin 1691 des terres de Joly (trente jours de terres à chaque saison et dix fauchées de prés), Jean Baptiste de Ravenel étend également son domaine à l’est en direction de Mirecourt.

De son second mariage avec Jeanne de Germiny, il a deux enfants : Balthazar et Catherine Françoise Barbe, demoiselle d’honneur de la duchesse de Lorraine, qui épouse en 1704 François, comte du Han, colonel d’un régiment de son nom, chambellan et major des gardes du corps du duc de Lorraine. Le 1er mars 1695, Jean Baptiste de Ravenel meurt à Metz. Il est inhumé dans la paroisse Saint-Sulpice. Il laisse comme héritier, son fils Balthazar, comte de Ravenel, chambellan du duc Léopold, capitaine de cuirassiers au service de l’Empereur. Balthazar poursuit la mise en valeur du domaine avec la construction d’un magnifique château sur les ruines de l’ancien.
En remerciement des services rendus à Léopold, la terre est érigée en comté de Ravenel, le 30 décembre 1722 : « Nous avons créé, érigé, élevé et illustré, créons, érigeons, élevons et illustrons en dignité, titre, rang et prééminence du comté, sous la

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dénomination et qualification de comté de Ravenel, à l’effet de quoi nous avons éteint et supprimé, éteignons et supprimons le nom de Mandres, qui s’appellera désormais Ravenel et sera le chef-lieu dudit comté, mouvant et relevant de nous à cause de notre duché de Lorraine […] ».
Des armes sont accordées, celles du comté : « De gueules à six croissants d’or mis en pal, chacun surmonté d’une étoile de même et une en pointe, l’écu orné d’une couronne de comte et pour supports deux licornes au naturel ». Mais l’existence d’un tel domaine et des pouvoirs judiciaires qui y sont associés sont à l’origine de conflits juridiques entre le comte et l’Hôtel de ville de Mirecourt qui voit ses droits sur la terre du Joly lui échapper et ses pouvoirs de justice sur la Tour Boulac menacés. L’intervention du comte auprès du duc Léopold amène le conseil ducal à prendre position en sa faveur sur la question du Joly. Balthazar de Ravenel avait épousé en 1708 Élisabeth Françoise des Salles (fille de Louis, comte des Salles, seigneur de Génicourt, et de Marie de Louvier de Maurevert), dont il n’a point d’enfant.
De crainte que le domaine ne soit vendu après son décès, le comte fait appel au principe de substitution qui permettrait de maintenir le comté dans la famille et garantirait son indivisibilité, mentionnée dans les lettres patentes. Le 5 juin 1751, Balthazar signe un testament dans lequel il nomme plusieurs héritiers potentiels : les enfants mâles de son neveu le comte du Han, puis à défaut, le second fils de Choiseul-Savigny, puis le comte de Sommièvre, et enfin la maison de Choiseul-Stainville.
À son décès, le 11 février 1758, le comte est inhumé selon son désir : « dans sa chapelle de Ravenel qu’il a fait construire lui-même à ses frais, vis-à-vis du prie-Dieu, où sera mise une épitaphe, et où son chapelain devra célébrer à perpétuité trois messes par semaine […] ».
Son épouse se retire alors dans sa maison bourgeoise de Mirecourt faisant fi du château dont elle avait l’usufruit, à condition qu’elle ne se remariât pas. Transformé en grange, ce dernier se détériore faute d’entretien, occupé seulement par les fermiers du domaine.

Un héritage chaotique

Le domaine est donc en état d’abandon complet lorsque Léopold, comte du Han, seigneur de Gros- Hémestroff, chambellan de Sa Majesté Impériale et petit-neveu du comte de Ravenel, le reçoit en héritage. Ne pouvant faire face aux nombreuses dépenses occasionnées par la remise en état, l’entretien et les différentes charges du comté, le comte de Han demande l’annulation de la clause de substitution, le 16 novembre 1759, pour pouvoir vendre le domaine, mais lorsqu’il décède le 19 jan- vier 1771, sa demande en nullité n’a toujours pas abouti et il est criblé de dettes.
C’est donc son frère François, capitaine de dragons au régiment de La Rochefoucauld, puis à sa mort, sa sœur Catherine (chanoinesse à Épinal) qui héritent tour à tour du domaine. Finalement, la cour souveraine, en vertu de la clause de substitution, attribue la succession du comté au marquis Claude Antoine Cléradius de Choiseul-La Baume, le 24 dé- cembre 1774.

Le marquis de Choiseul-La Baume

Claude Antoine Cléradius de Choiseul-La Baume est né à Nancy le 5 octobre 1733, de Charles Marie de Choiseul-Beaupré, baron d’Isches et de Meuvy, seigneur de Daillecourt et d’Anne Marie de Bassompierre, dame de Savigny. Il commence très tôt une carrière militaire : cornette au régiment de La Rochefoucauld, il fait la campagne d’Allemagne en 1744-1747, il est dans les chevau-légers de la reine en 1749, attaché au roi de Pologne, chambellan, puis maître de camp de cavalerie en 1753. En 1757, il est enseigne chez les gendarmes d’Orléans, puis en 1762 il fait une deuxième campagne d’Allemagne comme maréchal de camp. En 1764, il devient inspecteur général de la cavalerie, puis en 1766 commandant en second en Lorraine, lieutenant général, et enfin, en 1781, gouverneur de Champagne et de Brie après son père.
Il se marie en 1755 avec Diane Gabrielle de La Baume, chanoinesse à Remiremont, née en 1729, fille de Charles François Ferdinand de La Baume, marquis de Saint-Martin et d’Élisabeth Charlotte de Beauvau-Craon, chanoinesse coadjutrice à Poussay. Le couple aura deux garçons et une fille. Ils résident à Paris, dans un bel hôtel construit en 1771 dans la nouvelle rue d’Artois (auj. rue Laffitte), acheté le 20 mars 1780 à Marie-Louise-Joseph de Nettine, veuve d’Ange-Laurent de la Live, pour la somme de 240.000 livres. Choiseul rembourse cette somme à raison de 3.000 livres par trimestre !
Le 9 mars 1789, Choiseul rachète "le fief du Joly" à Abraham Alcan, banquier juif résidant à Paris, fils de Samuel Alcan, "banquier à Nancy", qui avait acquis les biens de Boulay, syndic des créanciers de Léopold comte du Han. Ce fief est composé de 92 jours de terres arables, 11 fauchées de prés, 2 jours de jardins et chènevières et 7 ommées de vignes, plus un gagnage de 37 jours et demi de terres et 3 fauchées de prés au finage de Mirecourt, le tout pour la somme de 163.000 livres que Choiseul paye à Alcan (33.100 livres), à Catherine, sœur de Léopold, chanoinesse à Épinal (40.000 livres), à la veuve de Léopold (30.000 livres), au père Épiphane, procureur des Carmes (2.000 livres) et à d’autres créanciers pour 58.000 livres. Le comte de Choiseul est en 1790

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le plus gros propriétaire foncier de Mirecourt : 139 jours, 9 ommées de terres labourables (9 jours derrière la Oultre, 34 jours au Haut de Chaumont, et 96 jours au Murgey), et 23 jours 7 ommées de pré auxquels s’ajoutent 744 jours de terres à Ravenel.
Préférant la vie à la cour de France, le comte laisse aux fermiers la jouissance du domaine et du château. Le dernier bail est signé le 15 janvier 1789 au profit de Charles Maucotel pour une durée de six ans.
Le marquis monte sur l’échafaud le 15 floréal an II (4 mai 1794) sous l’acte d’accusation suivant : « Choiseul est un des agents de Capet et sa femme; le tyran n’a pas formé un plan de conspiration dont Choiseul n’ait été le complice et l’instrument […] »

De la Révolution à 1836 :
division et reconstitution du domaine

Pendant la Révolution, le comte de Ravenel ayant été condamné à mort et exécuté, ses biens son vendus comme biens nationaux. Le directoire du district de Mirecourt procède à l’estimation des biens le 6 frimaire an III (26 novembre 1794) et constitue deux grands lots et de multiples petits lots, selon la législation qui prévoyait ce type de partage pour, d’une part, maintenir de grandes exploitations et, d’autre part, répondre aux demandes du menu peuple. En fait trois grosses unités sont constituées et forment des fermes exploitables en l’état : le château avec 7,7 ha de terres et prés, les deux fermes de Ravenel et du Joly avec 25 ha chacune. Le reste est constitué de petites parcelles réparties sur les trois saisons et formant des ensembles modestes à même d’être achetés par des laboureurs, des artisans, voire des manœuvres : entre un demi hectare et deux hectares.
En tout, avec les biens des villages voisins, 111 lots sont vendus les 1er et 2 prairial de l’an III (20 et 21 mai 1795). Les acheteurs sont essentiellement des Mirecurtiens (67 % en valeur) ; des agriculteurs des villages voisins ont acquis quelques prés ou terres labourables. Les 95 acheteurs sont socialement répartis en trois groupes : les marchands, les labou- reurs et les artisans. Ceux-là n’ont acheté que des petites parcelles, alors que les trois grosses fermes ont été acquises conjointement par des marchands et les fermiers qui les exploitaient.
Dans plusieurs cas, des parcelles voisines ont été achetées par la même personne, par exemple Mathias Amyot, ci-devant noble de Rozerotte, An- toine Henry, pâtissier de Mirecourt, ou François Génin, marchand. Remarquons qu’aucun manœuvre n’a pu acheter de terres.
Le bois du Four, pâquis communal ne faisant pas partie du domaine de Ravenel, est partagé, selon la loi qui prévoit le partage des communaux, en 2.939 parcelles de 2 a 4 ca, et ces parcelles sont distribuées gratuitement aux habitants de Mirecourt. Ces parcelles restèrent divisées et devinrent des lieux de villégiature : jardinets avec de petites loges, puis des villas très appréciées.

La famille Buffet et le domaine de Ravenel

En 1795, le domaine du comte de Ravenel est donc démembré. Pourtant, entre cette date et 1840, il est reconstitué et, pendant un siècle, la famille Buffet s’ingéniera à refaire de Ravenel un beau domaine.

portrait de Louis-Joseph Buffet

Le premier d’entre eux, Louis-François Buffet, de vieille souche lorraine, est né à Tendon le 22 juin 1791. À l’âge de 17 ans, il s’engage, intègre les vélites-dragons de la garde impériale, fait la campagne d’Espagne de 1809 à 1811 ; il part ensuite pour la Russie, et c’est dans la tour même du Kremlin qu’il est nommé lieutenant. Démissionnaire à la chute de l’empereur, le jeune officier rentre dans la vie civile et s’installe à Mirecourt par son mariage en 1817 avec Marie-Adélaïde Moitessier, qui avait demeure à Ravenel. Elle est la fille de Louis Moitessier, négociant en dentelles, juge au tribunal de commerce de Mirecourt, et de Françoise Bléhée, probablement parente avec Sébastien Bléhée qui avait acheté deux lots en 1795.

Après la révolution de 1830, Buffet devient capitaine de la garde nationale puis commandant. Maire de Mirecourt de 1840 à 1844, conseiller d’arrondi- ssement puis conseiller général des Vosges de 1843 à 1851, il est le fondateur du comice agricole des Vosges en 1850. Dès 1829, il achète le château de Ravenel avec 140 ha de terres incluant la ferme de Mersey, grâce à la dot de son épouse. En 1839, il exploite lui-même le domaine et le complète avec l’achat de deux fermes (60 ha de plus) pour en faire une exploitation moderne souvent récompensée.

En 1864, après sa mort, son fils aîné Louis-Joseph Buffet, né en 1818, reprend la gérance du domaine. C’est un homme politique de premier plan : élu député en avril 1848, il est bientôt ministre de l’Agriculture et du Commerce sous la Deuxième République, puis, après s’être longtemps opposé à Napoléon III, il en devient le ministre des Finances en

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1870. Élu président du conseil des ministres puis président de l’Assemblée nationale en 1875, il participe au vote de la constitution et à celui du septennat. Malgré ces hautes attributions, Louis- Joseph n’en reste pas moins attaché à sa Lorraine natale : « Venez dans mon pays, déclarait-il, et je vous ferai voir quelque chose de bien plus beau, un spectacle bien plus imposant que tout ce qui peut sortir de la main de l’homme… »
Il met à profit ses connaissances afin de poursuivre l’œuvre de son père dans son domaine familial. En 1879, la ferme-école de Lahayevaux (près de Neuf- château) est transférée du Beaufroy à Ravenel. En 1885, Louis-Joseph Buffet, transforme son domaine de Ravenel (325 ha) en domaine expérimental.
Après la mort de Louis-Joseph Buffet en 1898, le domaine est constitué en société civile et ses enfants, au nombre de sept, se succèdent pour gérer le patrimoine jusqu’en 1920. Désireux de se retirer, certains membres de la famille demandent alors la vente du domaine, qui fut réalisée au bénéfice d’un marchand de biens.