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LES DÉBUTS DE L'HÔPITAL PSYCHIATRIQUE
1947…

Le bâtiment administratif de l'hôpital Ravenel après-guerre

Ala levée de réquisition de l'hôpi tal, le 25 février 1946, l'heure était aux comptes. Un état des lieux très détaillé est dressé le 8 avril 1946 par M. Charles Dangla, architecte départemental, et constaté par huis- sier. Il y fut entendu et explicitement affirmé que le département des Vosges, propriétaire des lieux, se devait de terminer les travaux commencés avant la guerre, que les parties détériorées par les différentes occupations devaient être évaluées pour dédommagement. Toutefois, la situation éco- nomique et politique était marquée par de sérieuses difficultés et priorités. De nouveaux élus et de nouveaux responsables issus de la résistance, ou désignés par le gouvernement provisoire français, se devaient de répondre aux demandes, sinon aux urgences. Mais Ravenel allait-il enfin exister ?

Après six années de guerre, tout était à recomposer. Les travaux non finis devaient être exécutés selon les marchés antérieurs, les dommages dus aux occupa- tions, expertisés, les dossiers d'indemnisations, constitués. Le projet allait se poursuivre parce que les entreprises adjudicataires avaient toujours des comptes à rendre, sinon des travaux à terminer. Les architectes Dangla et Jacquet y veillaient déjà. C'est aussi ce qu'allait demander le conseil général. C'est sans retenue que le département s'engageait dans la voie des réparations et de l'aboutissement de tous les contrats afin que Ravenel puisse fonctionner le plus rapidement possible. Dans un premier rapport, l'ar- chitecte demandait « 40 millions indispensables » pour terminer les travaux. Il est vrai que Ravenel n'avait pas bonne mine. Les dernières installations américaines, installées de façon à atteindre un nombre de 4.400 lits, avaient quelque peu chamboulé son aménagement initial et il était alors nécessaire de démonter, réparer, rénover l'ensemble.

En 1946, le nouveau préfet Robert Lécuyer exposait, face aux élus du département, la situation avec une foi véhémente en l'avenir, et ce, malgré les difficultés : « Nos hôpitaux ont subi de grands préjudices au cours de la guerre. Il faudra les reconstruire ou les réaménager en les modernisant. Non certes en tombant dans l'excès d'une recherche de perfection qui retarde les réalisations, mais avec le souci de les faire entrer progressivement dans un plan d'ensemble qui assurera aux malades, aux femmes en couches, aux petits abandonnés, aux vieillards, des centres médicaux, chirurgicaux, ou des lieux de repos. Depuis de nombreuses années, l'organisation de l'hygiène sociale dans les Vosges fait l'objet de rapports, de réunions d'études, de tâton- nements, de mises au point ébauchées, de retouches, sans que nous eussions pu atteindre le but recherché d'une synchronisation des efforts, d'une répartition des secteurs, d'une direction, plus acceptée qu'impo- sée, des différentes assistantes sociales, aides médico-sociales, auxiliaires, assistantes rurales, surintendantes d'usine. Nous aurons là encore à poursuivre une tâche délicate, mais d'une grande utilité. »

Des dossiers relatifs aux dégâts causés lors des réquisitions ou des occupations étaient ainsi envoyés au ministère de la Reconstruction et de l'urbanisme (MRU). Ravenel restait un dossier sensible. Déjà, le 23 mars 1941, un long rapport de l'architecte départemental chiffrait ceux de l'occupation fran- çaise. Lors de la séance de juillet 1946, le préfet fit le point sur les institutions hospitalières des Vosges : hospice de Golbey, maternité de Châtel, domaine de Ravenel. Cet hôpital était un dilemme : « Le montant des dépenses qui y ont été déjà faites s'élève actuellement à plus de 80 millions. Ces travaux ont été pour ainsi dire suspendus dès 1940 parce que les constructions avaient été en partie occupées par un parc d'aviation de l'armée française et, dès juin 1940, occupées en totalité par les autorités allemandes jusqu'au 17 février 1941. Remis à la disposition du département des Vosges, des travaux de réparations des dégâts de cantonnements y avaient été aussitôt entrepris. Mais les autorités allemandes devaient reprendre possession de l'ensemble des constructions en octobre 1943 pour ne les quitter que chassées par les armées alliées. Les autorités américaines, à leur tour, les occupèrent et continuent à les garder à leur disposition. […] »

En février 1946, suite au départ du 8050th GH, le domaine était vide. En fait, juste vide de personnes, car les Américains avaient fait don de leurs nombreux lits, des couvertures et des draps, et de leur matériel médical, qui seront utilisés durant de nombreuses années, selon les témoignages des pre- mières infirmières de l'établissement. De retour sur les bancs de l'assemblée départementale, élus et préfet poursuivaient leurs diatribes. Fallait-il continuer à voter des crédits pour Ravenel ? M. Blanck, nouvellement élu en 1946 succédait à M. Weil : « Les contribuables du département des Vosges sont peut-être en droit de s'inquiéter, à force d'entendre parler de millions qui s'engouffrent à Ravenel. Nous serions désireux de savoir si vérita- blement les crédits que nous allons voter cette année serviront à terminer les travaux de Ravenel d'une manière définitive ? […] Nous ne voulons pas voter des millions sans savoir si cela servira à quelque chose. »

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Le problème restait entier. Il y avait toujours de vigoureux défenseurs du projet qui refusaient de se laisser abattre. On pourrait citer le président du conseil général et député André Barbier, ou le préfet Robert Lécuyer : « Oui l'exploitation est fonction de l'achèvement. Si Ravenel n'est pas terminé, nous ne pourrons pas l'exploiter. » En ce premier semestre 1946, les propositions de poursuite des travaux et la mise en fonctionnement de Ravenel marquaient le pas. Impossible de faire marche arrière. La séance du 30 avril 1946 décida donc la reprise et l'achè- vement des travaux, et ce, conformément aux plans et projets approuvés avant-guerre.

Toutefois, c'est bien en ce milieu d'année 1946 que la décision de finir les travaux était une fois encore acquise même si d'autres projet et demandes émergeaient d'un peu partout. La réunion du 18 juillet 1946, par exemple, rapportait la demande de l'association départementale de l'accueil des pri- sonniers et déportés du Nord qui souhaitait disposer de deux pavillons pour y installer leurs 500 rapatriés dont la santé déficiente exigeait une cure de repos de plusieurs mois. À cette même époque, on réorganisait la destination des pavillons. En fait, sept pavillons seraient réservés à l'hospitalisation psy- chiatrique des Vosgiens, réglant ainsi le problème de l'asile de Maréville, d'autres seraient réservés à un service libre à l'intention d'une clientèle payante. La rentabilité était ici apparemment recherchée, et on s'éloignait du projet initial. Pourtant, du côté des architectes, on se basait surtout sur le rapport de juillet 1942 et sur la finition des travaux selon les plans. Ceux-là avaient été ordonnés en 33 devis explicites sur l'ampleur des missions.

Tous les travaux n'avaient pu être exécutés en 1939, ni entre 1941 et 1942. Cette fois, l'ensemble des travaux d'achèvement était porté à 127 millions de francs. Mais c'était sans compter sur les augmen- tations successives et importantes des prix enre- gistrées dans l'industrie du bâtiment comme dans toutes les branches de l'activité économique du pays. Parallèlement, le préfet, pour le département, remplissait les demandes d'indemnisations calculées pour chacune des différentes occupations qui ont été établies ainsi :

- l'occup. française (sept. 1939 à juin 1940);
- la 1re occup. allemande (juin 1940 à fév. 1941);
- la 2e occup. allemande (nov. 1943 à sept. 1944);
- l'occup. américaine (sept. 1944 à fév. 1946).

Les nombreux travaux réalisés par les Américains, pour étendre l'accueil de milliers de blessés, étaient une des raisons qui faisait qu'ils étaient responsables d'un fort taux de dégâts de cantonnement, expres- sion mal à propos pour désigner les transformations faites pour le fonctionnement d'un grand hôpital militaire en temps de guerre et qui sut être à la hau- teur de sa mission.
Les estimations tombaient. Elles avaient été calculées dès avril 1946, mais seulement avalisées le 10 janvier 1948 par l'expertise immobilière du lieutenant-colonel Demezières, expert auprès du service des réquisitions de la 6e région, qui évalua les dommages pour l'ensemble des occupations allemandes à un montant de 1.734.682,55 F, sans autres abattements que les abattements techniques. Il ressortait de ce rapport qu'environ 64,5 % des dégâts étaient à imputer à l'armée américaine, 2,5 % aux troupes françaises, et 33 % aux troupes alle- mandes.

À la lecture de ces documents d'évaluation, réalisés pour redéfinir le projet, on retrouve l'organisation du départ, savoir : deux anciens pavillons adjacents restaurés ; un à usage de magasin, l'autre de buan- derie, ceux qui avaient été utilisés lors de l'occu- pation française, au sud du domaine, un groupe de pavillons neufs, qui avait servi aux Allemands et aux Américains. Au centre, un autre groupe de bâtiments contenant les cuisines, les services techniques, l'administration, les salles des fêtes et cultes. Le pavillon du concierge, à l'entrée nord, et deux pavillons est et ouest pour les médecins, hors de l'entrée. Avaient été répertoriés des bâtiments annexes pour le service ; le château Buffet, la morgue, le château d'eau, la propriété Vuillaume, la centrale thermique, la station d'épuration, la station de pompage, à proximité de la source de la Vierge. Tout le patrimoine immobilier existant restait dans le projet de réhabilitation du domaine. De commissions en délibérations, d'expertises en exper- tises et de devis détaillés en bons de commande, « la période de guerre passée, le conseil général des Vosges ne tarde pas à reprendre le dossier de Ravenel qu'il était impossible de laisser en suspens et, le 29 juillet 1946, il décide non seulement d'achever les travaux, mais aussi de restaurer les installations endommagées au cours de la guerre. Ces différents travaux sont exécutés dans un délai record, en dépit des difficultés de la reconstruction. »

L'assemblée départementale décidait une fois encore que Ravenel, ayant été choisi pour qu'y soit construit un hôpital psychiatrique, il devait être utilisé comme tel. Mais comme il était prévu des pavillons isolés, on pouvait prévoir l'accueil d'aliénés libres, d'épilepti- ques non aliénés, d'enfants délinquants, d'enfants déficients, et la création d'une école professionnelle agricole pour les enfants de l'assistance. Une argumentation en faveur de l'accomplissement des travaux qui devaient être entrepris sans délai.

Le domaine de Ravenel, c'est 300 hectares dont 80 utilisés par les pavillons. Le reste, c'est un domaine agricole exploitable, qui, depuis le remembrement des fermes « de Ravenel », « du Beau-Joly », « du Haut

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de la Vigne », réalisé par l'achat des propriétés par le département en 1936-38, avait toujours su dégager un résultat d'exploitation positif.
Après bien des attentes, des rebondissements et un chantier inachevé, des indemnités non payées, l'établissement entrait en activité le 1er avril 1947, sous la direction de M. Paul Lotz. Ce jour même, 70 enfants de l'institut pédagogique du domaine de Rouceux étaient accueillis à Ravenel. Le 5 du cou- rant, à 10 h, la commission de surveillance de l'établissement se réunissait pour la première fois. Puis elle le ferait régulièrement, en séance ordinaire, tous les premiers lundis du mois.
Puis avec le même sérieux, la commission discuta de l'achat d'une ambulance (des Dodge du surplus de l'armée américaine qui avaient été mis à la disposition du ministère de la Santé) certainement fort utile pour pouvoir transporter ses premiers patients.
Pourtant, les services techniques eurent fort à faire pour organiser dans de bonnes conditions, la mise en service, par exemple l'alimentation en eau, qui posait un problème depuis 1939. Les Allemands, en 1943, furent les premiers bénéficiaires des raccorde- ments réalisés par les sociétés adjudicataires qui poursuivaient leurs chantiers sur le domaine. Alors que le développement de l'hôpital américain avait largement fait dépasser le nombre de lits initialement prévu, l'alimentation en eau, elle, était comme il vient d'être dit, problématique. Les branchements directs sur l'alimentation de la ville s'étaient même avérés insuffisants, et de nombreux camions-citernes devaient être utilisés pour ravi- tailler le site en eau.
Au premier mois de fonctionnement, le directeur informait que le débit de l'eau de la source qui alimentait l'hôpital était insuffisant, et que de ce fait le service de l'eau devait être interrompu chaque jour de 9 h à 11 h, de 12 h à 18 h, et de 20 h à 7 h 30. Et ceci, pour une population qui n'atteignait pas le sixième de la capacité de l'établissement. Il y avait lieu, comme le demanda le directeur Lotz, d'envisager d'urgence des travaux qui permettraient une consommation quotidienne normale. Le génie rural, la ville de Mirecourt, furent interpellés pour étudier et régler ce problème. Une solution tempo- raire serait le captage des trois sources situées sur le domaine, en installant 700 m de pipeline américain, qui avaient été vendus à l'administration des domaines.

Ce que certains appelaient « le rêve de Ravenel » voyait enfin le jour. Cette date avait longtemps été indéterminée, tant d'événements imprévus s'étaient succédé entre 1937 et 1946. Ce vaste projet dans cette plaine aux larges horizons sur le vert des près d'où émergeaient les clochers des communes voisines, n'avait jamais perdu le fil de sa construction, même si ceux qui l'ont conçu, ont dû patienter plus d'une décennie et connaître les pires moments de la guerre pour le voir enfin ouvrir ses portes et accueillir dans des conditions optimales ses premiers patients vosgiens. Plus tard, en 1949, l'hôpital accueillit des malades de Haute-Saône, de l'Oise, de la Seine, et même de Meurthe-et-Moselle. Le cap des 1.000 pa- tients était franchi en juillet de cette année.

Réalisation des travaux postérieurs à

l'ouverture de l'hôpital, de 1947 à 1951

Tous les travaux n'ont pas été menés à terme à la date de l'ouverture de l'établissement. Outre la ré- fection à poursuivre des ouvrages et installations détériorés par les formations militaires qui les avaient occupés, des travaux d'équipement et d'amélioration restaient à parfaire ou à réaliser. En 1948, neuf des douze pavillons les plus importants étaient restaurés. La transformation des « anciens bâtiments », ceux qui avaient été édifiés par le groupement privé étaient entreprise. Le 14 avril 1948, un service de cure libre était ouvert. Le 20 mai, la pharmacie et les laboratoires, complètement équipés, commençaient à fonctionner. En octobre, c'était au tour du cabinet dentaire. Avait aussi commencé l'aménagement des parcs et des cours des pavillons. D'autre part, les travaux de forage, envisagés en 1947 par les services du génie rural pour parfaire l'alimentation en eau de l'établissement, étaient terminés. L'installation frigorifique, qui avait été fort malmenée avant même que l'établissement ne l'ait prise en charge avait été totalement révisée, et une extension du nombre des chambres froides, dotaient l'hôpital de moyens suffisants pour une bonne conservation des aliments.
Le réseau routier intérieur était remis en état et goudronné. Les anciens bâtiments avaient été transformés et aménagés, et les enfants du service médico-pédagogique, les premiers arrivés, qui avaient été jusque-là installés dans deux pavillons de malades, y étaient transférés.
L'année suivante, les aménagements extérieurs et les travaux d'adduction de l'eau au château d'eau furent entrepris. Un garage pour les véhicules automobiles de l'hôpital et un logement pour le chef du garage étaient construits. La décoration et l'aménagement du chœur de la chapelle étaient réalisés. La salle des fêtes fut dotée d'une installation cinématographique de qualité. Les travaux d'urbanisme, les plantations et l'aménagement des cours des pavillons étaient toujours aussi activement poussés. Les services d'ophtalmologie et d'ORL, complètement équipés, fonctionnaient. Les installations chirurgicales étaient définitivement au point et les appareils de radiologie étaient installés.
En 1951, les travaux d'adduction d'eau étaient termi-

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Vue aérienne de Ravenel, 1952Vue aérienne de Ravenel, 1952 Entrée et bâtiment administratif de l'hôpital Ravenel, 1952Bâtiment des cuisines, 1952 L'intérieur des cuisines, 1952Le bâtiment n° 8, 1952 La centrale thermique, 1952La chapelle, 1952
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nés. Un pavillon de concierge, à l'entrée des services généraux, fut construit. D'autres améliora- tions pour le perfectionnement des moyens de traitement des malades ne cessèrent de faire l'objet des préoccupations du directeur et des médecins- chefs de l'établissement ainsi que des membres de la commission de surveillance et des administrateurs du département des Vosges.
L'hôpital psychiatrique des Vosges pouvait être qualifié de tous les mots, mais pas par celui de « simple ». C'était un projet d'envergure qui dotait le département de sa propre structure, telle que l'exigeait la loi de 1838. Certes il aura fallu, comme le soulignaient en son temps ses supporters, tout ce temps pour lui donner vie, mais le projet promettait. En 1952, une monographie de 32 pages, extraite du numéro 71-72 de la « Revue technique hospitalière » d'août-septembre 1951, rendait hommage à ceux qui en furent les artisans commanditaires et concepteur  « L'œuvre importante qu'aura ainsi réalisée le département des Vosges, fait le plus grand honneur à ses administrateurs et, en particulier, aux membres de l'Assemblée départementale qui ont tenu, avant tout, à procurer aux malades mentaux les moyens d'amélioration et de guérison dans les meilleures conditions. »

L'auteur y a évoqué l'histoire de l'hôpital, depuis sa genèse et les premières années de son occupation jusqu'au départ du lieutenant-colonel Cady.
La guerre avait sensiblement retardé « l'ouverture de l'Hôpital de Ravenel, l'une des plus importantes réalisations dans le domaine psychiatrique, où les malades mentaux trouveront désormais tous les soins nécessaires pour un traitement rationnel et effi- cace. » Les descriptions ainsi que les plans de la structure générale de cette vaste cité moderne « rigoureusement conforme aux prescriptions de l'hygiène, est, au dire de certains experts, la construction la plus perfectionnée des hôpitaux psychiatriques d'Europe et qu'il représente la meil- leure illustration des doctrines psychiatriques françaises. » Comme on a pu le voir, les hommages et les expressions de valorisation étaient légion. On ne tarissait pas d'éloges. Le lieutenant-colonel Cady avait lui aussi exprimé en son temps sa satisfaction des structures de Ravenel.
L'auteur de cette importante réalisation était l'archi- tecte Georges Jacquet.
La construction par zones avait était préconisée par l'inspecteur général J. Raynier.

La zone médicale, constituée par douze quartiers (six pour les hommes, six pour les femmes) occupait une superficie d'environ 40 hectares. La population de chacun d'eux disposait de tous les moyens d'habi- tation, d'occupation et d'exercice dont elle avait besoin ; dortoirs ou chambres individuelles, réfectoire, salle de jeux, parloir, services corres- pondants.
Chaque quartier était muni d'une cour-jardin, d'une surface variant de 25 à 30 m² par malade suivant les catégories, entourée d'un robuste grillage qui permettait de maintenir les malades dans un espace ouvert.
La quantité des appareils sanitaires installés était colossale : 281 W.C., 509 lavabos, 142 baignoires, 60 vidoirs, 52 douches, 56 bidets, 10 tables de lavage, 52 éviers qui avaient fait l'objet d'une installation et d'une plomberie aussi complexe que soignée.
Les « anciens bâtiments » de 1932 avaient été récupérés et étaient maintenant occupés par l'Institut médico-pédagogique (SMP) qui offrait une capacité de 250 lits affectés au service des enfants et adolescents.

La zone administrative était située à égale distance des pavillons de malades des deux sexes. Le pavillon administratif impose sa personnalité, car, situé face à l'entrée principale, il est érigé tel un château au milieu de son parc. C'était là, aussi, que le lieutenant-colonel Lee Cady y avait fait son Head- quarters. Du pavillon, on accédait, depuis le grand hall, aux différents bureaux et à la salle des fêtes et cultes. Ce double usage fonctionna de manière alternative durant l'occupation américaine ; soit le mess des officiers, soit la chapelle.
En pointe de cette zone se trouvèrent, après 1946, les cuisines, la buanderie et les magasins et ateliers de confection et réparation diverses. Les cuisines avaient été prévues pour pouvoir y préparer 2.000 plats par jour, ses appareils pouvaient fonctionner soit à la vapeur, soit à l'électricité. La buanderie était essentiellement équipée de cinq laveuses autoclaves, trois essoreuses, un séchoir, une étuve de désinfection, une sécheuse-repasseuse qui permettait de traiter 3.000 kg de linge par jour de travail et de désinfecter des matelas et autres pièces non lavables.

Une politique de logement du personnel avait pu être menée grâce au concours de l'Office départemental HLM qui, en liaison avec le MRU réalisa un programme de 180 logements construits en limite du parc.
Pour l'auteur anonyme de la préface de la brochure suscitée, cette fois, « la tâche est faite », « Il a fallu 14 ans - mais il y a eu la guerre - pour que nous puissions recevoir deux mille habitants dans un bel ordonnancement d'immeubles sobres et riants à la

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La buanderie, 1952Un laboratoire, 1952 Entrée et bâtiment administratif de l'hôpital Ravenel, 1952Bâtiment des cuisines, 1952 Le dortoir, 1952Une salle de bain, 1952 Une salle de classe du SMP, 1952L'atelier du SMP, 1952
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fois, réparties au milieu d'un domaine où la culture se pratique sur plus de trois cents hectares. […] Mais peut-on s'arrêter là ? Je veux croire que devant tant de malades mentaux à prendre en charge pour les sauver - et vous savez qu'ils sont infiniment plus curables qu'on ne le pensait jusqu'ici — devant le champ si étendu de la médecine, devant les résultats déjà obtenus et ceux qu'on entrevoit, il y aura encore des hommes de foi qui tenteront d'inscrire de nouveaux rêves, bien pensés, mûrement réfléchis sur un coin de terre de France. »

Voilà les secrets de la réussite de Ravenel, réalisation qui se voulait exemplaire dans le trai- tement humain des malades mentaux. Cette étude les révèle et lui confère ses particularités et sa personnalité. Toutefois, l'autre volonté était de lever le voile sur les secrets de la période transitoire de 1939 à 1946 entre le moment de sa construction et celui de son fonctionnement, afin que l'intégralité de son histoire, soit tout à fait limpide et objective. Tout le possible a été fait dans ce sens.

Conclusion

« À vous qui aujourd'hui passez en ces lieux, souvenez-vous ! » Le rêve n'a pas été brisé. Comme l'affirmait ledit anonyme : « Rêver, concevoir, entre- prendre, se heurter aux difficultés et les vaincre, aimer la critique qui fait rechercher les solutions heureuses, ne jamais se lasser et reprendre son rêve pour recommencer la longue suite des efforts : ainsi se réalise une œuvre », ce qui montrait déjà ô combien l'histoire secrète de Ravenel était remplie des espoirs de tous ceux qui ont été amenés à fréquenter ces lieux. Heureux ou malheureux, quel que soit leur camp, amis ou ennemis, ce fut et c'est… la même histoire. Encore faut-il la connaître. Une histoire présente, cachée dans la terre du domaine, inscrite dans des graffitis introuvables sur des murs des bâtiments, ou sous terre dans les tunnels oniriques d'évadés courageux et téméraires.
Le souvenir des prisonniers du Frontstalag s'estompe. Était-il encore dans les esprits de tous ceux qui depuis l'ouverture de l'hôpital avaient œuvré à prodiguer des soins, comme ce fut le cas des médecins et chirurgiens américains, présents à Ravenel durant 17 mois ? Les neuf mois de vie précaire et difficile que connurent des milliers de prisonniers français affamés, atteints de dysenterie ou d'autres pathologies, sans pouvoir être véri- tablement soignés, avaient-ils déjà disparu des mémoires ? Ce site leur est avant tout dédié. Il a été fait en leur mémoire, afin qu'elle reste à jamais dans la lumière et soit honorée comme elle le mérite.
Le 21st GH a été décoré dès 1945, et il le méritait amplement. On ne peut s'imaginer les douleurs de tous ces blessés, mais aussi celles de tout le corps médical et des soignants qui les ont partagées, qui voulaient les atténuer, côtoyant quotidiennement la mort.
Ayons aussi une pensée pour les occupants ennemis qui, perdus dans ce conflit, ont su rester humains et dignes.